Transports collectifs : Martinique vs La Réunion

Transports collectifs : Martinique vs La Réunion, deux îles face au même défi, deux stratégies différentes

Le problème partagé : l'île et la voiture-reine

Martinique et La Réunion partagent un même mal structurel : une dépendance quasi totale à l'automobile individuelle, héritée de décennies d'aménagement du territoire pensé autour de la voiture. Dans les deux îles, les embouteillages paralysent quotidiennement les axes principaux, pèsent sur la compétitivité économique et dégradent la qualité de vie des habitants. Mais les deux territoires n'ont pas emprunté le même chemin pour tenter d'en sortir.

Martinique : le poids de l'histoire et les conflits sociaux

Une congestion chronique au cœur de l'île

La Communauté d'Agglomération du Centre de la Martinique (CACEM) polarise 42 % de la population, 60 % des emplois salariés et 80 % des activités économiques sur seulement 17 % du territoire martiniquais. Les embouteillages pénalisent la vie économique de l'île et nourrissent des représentations négatives de l'accès à ces lieux incontournables de la vie locale. Géoconfluences

Dans l'agglomération de Fort-de-France circulent plus de 120 000 véhicules, créant une situation jugée préoccupante, particulièrement visible à l'échangeur de Dillon sur l'autoroute A1. Urbanistiquement-parlant

Le TCSP : une infrastructure attendue, une mise en œuvre laborieuse

La réponse martiniquaise à cette crise a pris la forme du Transport Collectif en Site Propre (TCSP). Mis en exploitation commerciale le 13 août 2018 entre Fort-de-France et Le Lamentin, ce bus à haut niveau de service (BHNS) d'une longueur de 13,9 km comporte 18 stations et deux lignes (A et B), avec des terminus conçus comme des pôles d'échange multimodaux dotés de parcs-relais. Wikipedia Une infrastructure ambitieuse, mais dont l'histoire a été marquée par de nombreuses turbulences.

L'exploitation commerciale de 2019 fut émaillée de plusieurs problèmes : des grèves provoquant des interruptions du service, des dysfonctionnements de feux de circulation à l'origine d'accidents, et des problèmes de batteries déficientes. La délégation de service public fut finalement retirée au délégataire dès décembre 2019. Wikipedia

Les conflits sociaux restent un talon d'Achille du réseau. En 2025 encore, un conflit chez Transaglo paralysait le transport du Centre de la Martinique, les usagers se retrouvant pris en otage d'un blocage lié au non-respect d'un protocole d'accord signé en mai 2025. 

Extension du réseau : un chantier en cours

Malgré ces difficultés, la Martinique ne renonce pas à son ambition. Le réseau TCSP est prévu de s'étendre vers le sud, le nord-est et le nord-ouest de l'île, dans le cadre d'un projet structurant associant les autorités locales, les experts en transport et la population. Martiniquetransport Le coût total du programme de restructuration du réseau est estimé entre 270 et 540 millions d'euros selon les options retenues. CNDP

La Réunion : une stratégie plus ambitieuse et mieux financée

Le Car Jaune : un réseau interurbain en pleine mutation

La Réunion dispose avec le Car Jaune d'un réseau interurbain géré directement par la Région, qui s'est engagée dans une refonte profonde de son offre. En septembre 2025, une nouvelle Délégation de Service Public d'un montant de 232,2 millions d'euros a été signée pour la période 2025-2032, avec pour ambition de faire du transport public le cœur des mobilités alternatives à La Réunion. Dès décembre 2025, 40 voyages supplémentaires par jour ont été annoncés, avec onze cars à étage neufs. Franceinfo La 1ère

La Région Réunion a inauguré en mars 2025 72 nouveaux bus pour sa flotte, représentant un investissement de 29,3 millions d'euros. L'objectif à long terme est la création d'un réseau régional de transport ferré, en réponse aux problèmes de congestion routière qui paralysent le territoire. Imaz Press Réunion

La gratuité comme levier d'inclusion sociale

La politique tarifaire réunionnaise se distingue nettement de celle de la Martinique. Depuis 2022, le réseau Car Jaune a engagé la gratuité progressive pour certaines catégories de la population, notamment les demandeurs d'emploi. Transdev Le tarif unique de 2 euros a été généralisé à toutes les lignes, tandis qu'un nouveau titre de transport permet des déplacements illimités sur une à trois semaines.

La collectivité espère atteindre la barre des 25 000 usagers quotidiens d'ici 2028, contre 22 000 actuellement. 

Un rêve ferroviaire qui tarde à se concrétiser

La Réunion nourrit depuis plusieurs décennies l'ambition d'un réseau ferré. Un premier projet de tram-train de 40 km devant relier Saint-Paul à Sainte-Marie fut abandonné en 2010 par la nouvelle majorité régionale pour des raisons financières, les crédits étant redirigés vers la construction de la Nouvelle Route du Littoral. Wikipedia

Aujourd'hui, le projet a ressurgi sous la forme d'un tramway. À 77 %, les Réunionnais déclarent vouloir un réseau ferroviaire, selon les États Généraux des Mobilités. Mais l'électrification de la flotte de bus n'est pas encore au programme : « Pour avoir un bus électrique, il faut pouvoir les charger. Et aujourd'hui, La Réunion n'est pas suffisamment dotée en énergie pour recharger toutes les nuits 83 bus », reconnaissait la Région en 2025. Imaz Press Réunion

L'innovation multimodale : l'exemple du téléphérique Papang

La Réunion a pris une longueur d'avance sur la multimodalité. En 2020, l'île a inauguré son premier téléphérique urbain, le « Papang », d'une longueur de 2,68 km reliant le quartier de Bois de Nèfles à Sainte-Clotilde à Saint-Denis. Doté de 46 cabines et d'une capacité de 1 200 passagers par heure, il a transporté plus de 2 millions de voyageurs en 18 mois, dont une station directement accessible à l'Université du Moufia. Transdev

Deux îles, deux vitesses

 MartiniqueLa Réunion
Réseau phareTCSP (BHNS, 2 lignes)Car Jaune (réseau interurbain régional)
GouvernanceMartinique Transport / RTMRégion Réunion
InnovationExtension TCSP envisagéeTéléphérique Papang, projet de tramway
TarificationPayanteTarif unique 2€, gratuité partielle
Budget récent270-540 M€ (extension)232 M€ (DSP 2025-2032)
Conflits sociauxRécurrentsMoins fréquents
Fréquentation visée25 000 usagers/jour d'ici 2028

Enjeux communs : financement, report modal et transition écologique

Dans les deux îles, l'offre de transports quotidiens devra augmenter de 20 à 25 % d'ici 2030 pour respecter les trajectoires de transition écologique fixées dans l'accord de Paris et le paquet européen « Fit for 55 ». Cnfpt

Le financement reste le nœud gordien. Dans les deux territoires, il repose essentiellement sur les contributions publiques (collectivités, État, fonds européens FEDER), dans des économies locales marquées par un chômage élevé et une forte pauvreté, ce qui rend d'autant plus cruciale une offre accessible financièrement à tous.

La vraie bataille se jouera sur le report modal : convaincre des populations profondément attachées à l'automobile de changer leurs habitudes. À La Réunion, la combinaison de la gratuité ciblée, du renouvellement de la flotte et du projet ferroviaire à long terme dessine une stratégie cohérente. En Martinique, le TCSP constitue une infrastructure solide mais dont l'exploitation reste fragile face aux conflits sociaux à répétition.

Sources : Géoconfluences/ENS Lyon, CNDP, Wikipedia, Gtmag.fr, Imazpress, Transdev, INSEE.

Sources : INSEE, CNDP, La 1ère, Géoconfluences

Martinique La Réunion

Budget mobilité (réseau principal)

270–540 M€

extension TCSP envisagée

Budget mobilité (réseau principal)

232 M€

DSP Car Jaune 2025–2032

Budget transport : Martinique extension TCSP 270-540M€, La Réunion DSP Car Jaune 232M€.

Parc de véhicules électriques et hybrides rechargeables (2024)

Parc VE 2024 par territoire.

Part des véhicules électriques dans les immatriculations neuves (2024)

Part des VE dans immatriculations neuves 2024.

Indicateurs clés du réseau de transport collectif

 

Ici c'est DIOR